La France sacrifie-t-elle son avenir au profit de ses seniors ?

Epargnantfrançais.fr est un espace de partage et de réflexion avec un accent mis sur l’épargne. J’introduis la rubrique « économie » du blog avec un sujet d’actualité : les choix budgétaires et les orientations pour le futur de la France.

Cet article d’économie et surtout de société reprend les idées d’Erwann Tison, Olivier Babeau et Rafik Smati sur le budget de la Sécurité sociale et de la place grandissante des seniors dans les arbitrages publics. Tous s’accordent sur un constat : la dynamique actuelle des dépenses publiques favorise le passé plutôt que l’avenir, ce qui pose question dans un contexte budgétaire très contraint.

Retraités : une population électoralement décisive

Selon Erwann Tison, le nouveau PLFSS confirme une tendance structurelle : malgré la nécessité d’économiser entre 25 et 30 milliards d’euros, les pensions de retraite sont réindexées.
Cela représente environ 80 € supplémentaires par mois pour un couple de retraités, alors que d’autres postes clés, comme l’éducation ou la recherche, stagnent ou reculent.

Les retraités constituent aujourd’hui le cœur du corps électoral, votant davantage et pesant sur les décisions politiques. Cette situation aboutit à ce que certains qualifient de gérontocratie : un système où les intérêts des plus âgés priment dans les arbitrages publics.

Un modèle économique tourné vers le passé

Les spécialistes rappellent plusieurs tendances lourdes :

  • Il y a quarante ans, retraites et éducation représentaient chacune 7 % du PIB.
    Aujourd’hui : 14 % pour les retraites, 7 % pour l’éducation — sans que cette dernière progresse réellement.
  • Une part importante du budget de l’éducation finance en réalité des pensions, ce qui réduit les moyens alloués directement aux élèves et aux enseignants.
  • Les dernières réindexations ont été massivement épargnées par les retraités, avec peu d’impact sur l’économie réelle.

Olivier Babeau pointe l’incohérence du système de la CSG, plus lourde sur les actifs (9,3 %) que sur les retraités (0 à 8,3 %), alors même qu’elle avait été pensée pour équilibrer les charges entre générations.

De plus, l’Assemblée nationale a adopté un amendement augmentant la CSG (9,2 % à 10,6 %) sur les revenus du capital pour financer la suspension de la réforme des retraites. Les plus jeunes sont davantage concernés (comptes-titres, PEA…), tout en épargnant les plus âgés (assurance-vie, revenus fonciers… exemptés).

Jeunes générations : entre précarité et désillusion

La France connaît un basculement de sa pauvreté :

  • 44 % des pauvres ont aujourd’hui moins de 30 ans.
  • De plus en plus de jeunes sont contraints de retourner vivre chez leurs parents ou s’éloignent fortement de leur emploi potentiel faute de pouvoir se loger (ils se reportent sur la location, puis sur la colocation).
  • Les jeunes cotisent de plus en plus : 28 % de cotisations vieillesse contre 15 % auparavant, pour un rendement décroissant — un euro cotisé leur rapportera parfois moins d’un euro en pension future.

Pour les experts, cette dynamique nourrit un sentiment profond d’injustice intergénérationnelle.

Le prix du court-termisme politique

Tous dénoncent un manque de vision à long terme :

  • Le pays enchaîne crises et urgences (Gilets jaunes, Covid, guerre en Ukraine, dissolutions…), empêchant toute réforme de fond.
  • Les députés privilégient des annonces symboliques et des arbitrages rapides au détriment d’une réflexion de long terme.
  • Résultat : le présent l’emporte systématiquement sur l’avenir.

Rafik Smati parle même d’un État devenu « édredon », qui cherche à amortir chaque choc plutôt que de préparer l’avenir. Cette logique de protection, dit-il, a imprégné toute la société et a freiné la prise de risque et l’innovation.

Une France “tournée vers le passé”

Le tableau préoccupant suivant est dressé :

  • Un pays qui consacre l’essentiel de ses marges budgétaires à maintenir un niveau de vie passé, plutôt qu’à investir dans l’avenir.
  • Une administration et un système politique qui privilégient la certitude et la sécurité.
  • Une économie qui peine à innover et se “tiers-mondise” progressivement.

Pour eux, la question n’est pas de lancer une guerre des générations, mais de rééquilibrer les investissements : l’éducation, la formation, la recherche et l’innovation devraient redevenir des priorités.

La France, divisée, cède sous le poids du vote des personnes âgées

Le débat révèle une forme de consensus : la France, sous contrainte budgétaire, fait aujourd’hui des choix plus favorables à ses seniors qu’à ses jeunes, non par hostilité envers la jeunesse, mais par inertie politique et poids démographique.

Cette préférence pour le présent, renforcée par une population vieillissante et des mécanismes électoraux, pourrait cependant compromettre la capacité du pays à affronter les défis futurs. Le tout dans une Europe écrasée entre les Etats-Unis attirant les capitaux sur leur territoire et la Chine inondant le marché de ses produits toujours plus compétitifs.

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