J’ai testé Fundora : j’ai eu une très mauvaise surprise

Le private equity ou « capital-investissement » en langue française, consistant à miser sur des entreprises non cotées en bourse, est mis très régulièrement en avant dans les médias et par les distributeurs de l’épargne. L’argumentaire est le suivant : ce type d’investissement auparavant réservé aux grands acteurs de la finance serait encore plus rémunérateur que la bourse.

Le « PE » serait 40 % plus rentable que le meilleur de la bourse (capture d’écran du site Fundora)

Bonne nouvelle, le private equity se démocratise au profit des particuliers grâce à un ticket d’entrée de plus en plus réduit !… J’ai testé Fundora qui se présente comme une solution moderne de private equity accessible à partir de seulement 100 € avec des cibles de performance à deux chiffres.

L’opportunité serait-elle trop belle ?…

Etant méfiant à l’égard de tout placement tendance, je n’avais que très peu investi en capital-investissement (quelques milliers d’euros via mon PEA-PME BoursoBank) dont le seuil d’accès est souvent de 100 000 €. De plus, lorsqu’un distributeur d’épargne pousse vers un support, c’est souvent par appât du gain (il est rémunéré de quelques pourcents sur le montant collecté et/ou sur l’encours grâce aux rétrocessions).

Le graal est enfin disponible ! Notez les entreprises de renom associées : Space X, Etoro, Wiz… (capture d’écran du site Fundora)

En parcourant les réseaux sociaux, je découvre Fundora se présentant comme « une plateforme d’investissement qui donne accès aux meilleurs fonds de private equity » à destination des particuliers avec la particularité de passer via la gestion sous mandat de Sanso Longchamp.

Ce mode de gestion délégué est innovant, car il permet de réduire au minimum le montant d’investissement (100 €) et d’accéder à des fonds professionnels auxquels un épargnant français lambda ne peut prétendre. Des collectes sont régulièrement ouvertes (entre 500 000 € et 2 millions d’€) pour investir notamment dans la technologie et espérer multiplier son capital jusqu’à 8 fois !…

Des frais très lourds qui sont encaissés très vite !

Séduit par la communication réussie de cette entreprise (X, newsletter, Discord, visioconférence, etc.), je participe à deux collectes pour des montants symboliques. L’idée étant de « mettre un billet » et de constater ultérieurement la pertinence de leur offre (je vous donnerai mon avis sur le blog). Il s’agira d’être patient, car les deux projets s’étalent sur dix ans avec des premières distributions en année 3 ou 4.

Peu de temps après, je découvre sur internet que la réalité des frais – élevés – n’est pas celle que laisse imaginer la page de présentation des stratégies : 3 % de frais de souscription (pour la structuration) et 1,70 % par an (pour la gestion). Soit tout de même 20 % sur dix ans ! Fundora déduit dès le début 20 € sur 100 € investis, ce qui n’est pas la même chose que de prélever 1,70 %/an. L’argent mis au travail dans le fonds de private equity est déjà fortement réduit dès le départ !

Plus de la moitié de mon investissement avalé par les frais !

Depuis cette polémique sur la façon de prélever les frais, Fundora a modifié ses contrats dans un premier temps, avant de basculer des rétrocessions vers un modèle d’honoraires. Une façon d’éviter les sanctions de l’Autorité des marchés financiers (AMF) reçues par Altaroc et Novaxia.

Mauvaise nouvelle, le montant des frais est toujours excessif ! En revanche, Fundora présente de façon plus exacte les frais subis par l’investisseur1.

L’occasion pour moi d’effectuer un petit calcul pour 1 000 € placés dans un fonds d’une durée de 10 ans avec pour objectif un multiple de 5 net de frais, soit un TRI annuel de 30,98 % (une telle performance, je demande à voir pour y croire…) :

  • Montant de la souscription : 1 000 €
  • Montant investi dans le fonds net de frais : 800 €
  • Frais Fundora (20 %) : 200 €
  • Frais de la gestion sous mandat (0,54 %) : 5,40 €/an x 10 ans = 54 €
  • Frais des fonds de private equity sous-jacents et de la gestion de la trésorerie (2 % + variable de 2,20 % : 4,20 %/an x 10 ans = 420 €
  • Total des frais payés par l’investisseur particulier : 200 € + 54 € + 420 € = 674 €, soit 67,40 % du montant déboursé !

Même les fonds commun de placement dans l’innovation (FCPI) permettant aux épargnants français d’investir dans le non coté (PME) en échange d’une réduction d’impôt ne sont pas aussi onéreux (25,96 % de frais estimés au bout de six ans d’après document d’information clés du FCPI Dividendes Plus n°13).

Le private equity est très rémunérateur… pour le vendeur !

En conclusion, le gain certain sur ce placement de private equity, dont les avantages sont présentés inlassablement par l’industrie financière, est pour le vendeur du produit ! Les frais sont certains, la performance n’est que promesse !

Quel enseignement tirer de cette expérience (sous réserve d’erreurs de compréhension de ma part) ?

Etre prudent sur les nouveaux acteurs de l’épargne, y investir très peu en cas de test et les éviter si tout n’est pas clair ou si les frais sont exorbitants !

  1. Cliquer pour le détail des frais. A noter que ces frais diffèrent de ceux affichés par le simulateur Fundora… ↩︎

Image de couverture générée par Grok

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