J’ai testé Fundora : j’ai eu une très mauvaise surprise

Dernière mise à jour : mars 2026

Le private equity ou « capital-investissement » en langue française, consistant à miser sur des entreprises non cotées en bourse, est mis très régulièrement en avant dans les médias et par les distributeurs de l’épargne. L’argumentaire est le suivant : ce type d’investissement, réservé auparavant aux grands acteurs de la finance, serait encore plus rémunérateur que la bourse.

Bonne nouvelle, le private equity se démocratise au profit des particuliers grâce à une offre grandissante et à un ticket d’entrée de plus en plus réduit !… J’ai testé Fundora qui se présente comme une solution moderne de private equity accessible à partir de seulement 100 € avec des cibles de performance à deux chiffres.

L’opportunité serait-elle trop belle ?…

Etant méfiant à l’égard de tout placement à la mode, je n’avais que très peu investi en capital-investissement (quelques milliers d’euros via mon PEA-PME BoursoBank). Le seuil d’accès est souvent de 100 000 €. De plus, lorsqu’un distributeur d’épargne pousse vers un support, c’est souvent par appât du gain (il est rémunéré de quelques pourcents sur le montant collecté et/ou sur l’encours grâce aux rétrocessions).

En parcourant les réseaux sociaux, je découvre Fundora se présentant comme « une plateforme d’investissement qui donne accès aux meilleurs fonds de private equity » à destination des particuliers avec la particularité de passer via leur propre gestion sous mandat (Fundora a acquis en février 2026 la société gestion Kyoseil Asset Management1 et utilisait précédemment les services de Sanso Longchamp).

Ce mode de gestion délégué est innovant, car il permet de réduire au minimum le montant d’investissement (100 €) et d’accéder à des fonds professionnels auxquels un épargnant français lambda ne peut prétendre. Des collectes sont régulièrement ouvertes (entre 1 et 3 millions d’€) pour investir notamment dans la technologie (robotique, cybersécurité, fintech…) et espérer multiplier son capital jusqu’à 8 fois !…

Des frais très lourds qui sont encaissés très vite !

Séduit par la communication réussie de cette entreprise (X, newsletter, Discord, visioconférence, etc.), je participe à trois collectes pour des sommes symboliques. L’idée étant de « mettre un billet » et de constater ultérieurement la pertinence de leur offre (je vous donnerai mon avis sur le blog). Il s’agira d’être patient, car les trois projets s’étalent sur dix ans avec des premières distributions en année 3 ou 4.

Peu de temps après, je découvre sur internet2 que la réalité des frais – élevés – n’est pas celle que laisse imaginer la page de présentation des stratégies : 3 % de frais de souscription (pour la structuration) et 1,50 %3 par an (pour la gestion). Soit tout de même 18 % sur dix ans ! Fundora déduit dès le début 4,50 € sur 100 € investis (3 % + 1,50 %), peu importe le montant véritablement appelé par le fonds de private equity sous-jacent. L’argent mis au travail est déjà fortement réduit dès le départ !

Plus de la moitié de mon investissement avalée par les frais !

Depuis cette polémique sur la façon de prélever les frais, Fundora a modifié ses contrats dans un premier temps, avant de basculer des rétrocessions vers un modèle d’honoraires. Une façon d’éviter les sanctions de l’Autorité des marchés financiers (AMF) reçues par Altaroc4 et Novaxia.

Mauvaise nouvelle, le montant des frais est toujours excessif ! En revanche, Fundora présente de façon plus exacte les frais subis par l’investisseur.

L’occasion pour moi d’effectuer un petit calcul avec cet exemple :

📜 Montant de la souscription : 1 000 €
🕒 Durée de la stratégie : 10 ans
🎯 Multiple cible net de frais : X5, soit un TRI de 17,46 % ou un rendement annuel de 40 %…5
💸 Droits d’entrée Fundora6 : 30 € (3 % prélevés à souscription)
💸 Frais de gestion Fundora : 150 € (1,5 %/an, soit 15 %)
💸 Frais des fonds de private equity sous-jacents et de la gestion de la trésorerie : 420 € (2 % + variable de 2,20 % = 4,20 %/an, soit 42 %)
💵 Montant investi dans le fonds net de frais : 820 €

➡️ Total des frais payés par l’investisseur particulier : 30 € + 150 € + 420 € = 600 €, soit 60 % du montant déboursé !

⚠️ L’empilement des frais nécessite par conséquent un TRI nettement supérieur (> à 20 %) pour espérer obtenir le multiple de X5…

💰 A noter : le capital à investir (avec les frais associés) est placé sur un fonds obligataire pendant la phase déploiement (se termine en 2 à 4 ans). Des distributions m’ont été versées pour deux stratégies (rendement annuel estimé : environ 1,40 %)

💡 Même les fonds communs de placement dans l’innovation (FCPI) permettant aux épargnants français d’investir dans le non coté (PME) en échange d’une réduction d’impôt ne sont pas aussi onéreux (25,96 % de frais estimés au bout de six ans d’après document d’information clés du FCPI Dividendes Plus n°13).

Le private equity est très rémunérateur… pour le vendeur !

En conclusion, le gain certain sur ce placement de private equity, dont les avantages sont présentés inlassablement par l’industrie financière, est pour le vendeur du produit ! Les frais sont certains, la performance n’est que promesse !

Quel enseignement tirer de cette expérience (sous réserve d’erreurs de compréhension de ma part) ?

Etre prudent sur les nouveaux acteurs de l’épargne, y investir très peu en cas de test et les éviter si tout n’est pas clair ou si les frais sont exorbitants !

  1. La société Kyoseil Asset Management se situe à Aix-en-Provence. Elle a été créée en octobre 2022 lors du rachat de Conseil Plus Gestion qui avait une activité de gestion de portefeuille et de conseil ↩︎
  2. Attention aux frais cachés de Fundora via Reddit ↩︎
  3. Les frais de gestion étaient de 1,70 %/an avant l’acquisition de Kyoseil AM ↩︎
  4. Rétrocommissions : l’AMF sonne la fin d’une époque via Scala Patrimoine ↩︎
  5. Le Taux de Rendement Interne est calculé ici sur un base de 1 000 €, donc hors frais. En pratique, le TRI délivré par le fonds sous-jacent qui supporte lui aussi ses propres frais devra être nettement plus élevé (supérieur à 20 %…) ↩︎
  6. Frais de la formule « Classique ». Les frais « Horizon » majorent les droits d’entrée de 3 à 10 % et réduisent les frais de gestion de 1,5 à 0,5 %/an soit un total des frais passant de 18 à 15 % ↩︎

Image de couverture générée par Grok

Epargnant français
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Hello ! 👋 J'ai décidé de créer ce site pour partager mes connaissances et expériences en tant qu'épargnant français : budget, placement, fiscalité et économie.

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Un commentaire

  1. Merci pour ce retour d’expérience. La transparence sur les frais est un sujet que nous prenons très au sérieux, et nous souhaitons apporter plusieurs clarifications factuelles sur les points soulevés dans votre article.

    Sur le calcul du TRI : une erreur de base
    Votre article indique qu’un multiple de 5x en 10 ans correspond à un TRI de 30,98 %. C’est malheureusement inexact. La formule est simple : TRI = (5)^(1/10) – 1, soit 17,46 % par an, et non 30,98 %. Un TRI de 30,98 %/an sur 10 ans ne produirait pas un multiple de 5x, mais de 17,5x, une différence considérable. Nous invitons les lecteurs à vérifier par eux-mêmes avec n’importe quelle calculatrice financière. Cette erreur de calcul interroge sur la solidité de l’analyse globale présentée.

    Sur les distributions : une méconnaissance du fonctionnement des fonds de PE
    L’article laisse entendre que l’investisseur attend 10 ans sans rien recevoir. C’est une représentation erronée. Dans la grande majorité des fonds de private equity, les distributions commencent dès la 3ème ou 4ème année, au fur et à mesure des cessions de participations réalisées par le gérant. L’investisseur reçoit donc des flux progressifs tout au long de la vie du fonds, bien avant son terme. Cette caractéristique fondamentale n’est pas mentionnée dans l’article, ce qui fausse complètement la perception du rapport rendement/durée.

    Sur les frais d’entrée et leur impact réel sur la performance
    Il est vrai que les frais de souscription sont prélevés sur le montant souscrit dès la souscription, et que pour les investisseurs de moins de 30 000 €, le capital est appelé en totalité dès le départ.
    En revanche, ce que l’article omet entièrement, c’est que ce capital n’est pas immédiatement et intégralement déployé dans les fonds de private equity sous-jacents : la portion non encore investie est placée sur des fonds obligataires et autres instruments de trésorerie, permettant de rémunérer ce capital en attente et de le protéger contre l’inflation pendant la période de déploiement progressif. Pour les investisseurs au-delà de 30 000 €, les appels de fonds sont quant à eux échelonnés sur 3 à 5 ans, ce qui leur permet de conserver leur trésorerie non appelée disponible pendant plusieurs années. Dans les deux cas, l’impact des frais d’entrée sur le rendement global est significativement atténué, un élément que l’article passe totalement sous silence.

    Sur le calcul des « 67,4 % de frais » : une méthode qui ne correspond à aucune norme financière

    Cette présentation additionne des frais de natures très différentes pour produire un chiffre maximal.
    Premièrement, les frais variables (carried interest) ne sont dus que si le fonds surperforme au-delà d’un seuil défini (généralement 8% de TRI). Les inclure comme des frais certains revient à faire payer à l’investisseur une prime de succès sans lui accorder le succès correspondant, ce qui est incohérent.

    Deuxièmement, si les frais de gestion annuels s’appliquent bien sur le montant de la souscription, ils doivent être mis en regard de la performance générée sur ce même capital. Les additionner arithmétiquement sur 10 ans sans tenir compte des distributions reçues et de la valeur créée pendant cette période ne permet pas d’évaluer le coût réel supporté par l’investisseur, c’est une présentation brute qui ignore totalement la notion de rendement net.
    Troisièmement, appliquer ce même raisonnement à n’importe quel autre produit financier, SCPI, assurance-vie en unités de compte, fonds actif, aboutirait à des chiffres tout aussi spectaculaires et tout aussi trompeurs.

    Sur la comparaison avec les FCPI
    Les FCPI affichent certes des frais inférieurs à ceux calculés dans l’article, mais leur historique de performance est, dans l’ensemble, décevant et la majorité ont détruit de la valeur nette de l’avantage fiscal sur les dernières décennies. Comparer des véhicules d’accès à des PME françaises de taille modeste avec des fonds de private equity de rang mondial n’est pas pertinent. La qualité des actifs sous-jacents, la diversification géographique et sectorielle, et la rigueur des processus de sélection sont incomparables.

    Sur les rétrocessions
    Votre article cite les rétrocessions comme une critique structurelle des distributeurs d’épargne. Fundora a précisément basculé vers un modèle d’honoraires, éliminant toute rétrocession — conformément aux exigences de l’AMF et dans l’intérêt de l’investisseur. C’est exactement ce que font les acteurs les plus transparents du marché. Cet argument se retourne donc contre la thèse que vous prétendez défendre dans votre article.

    Nous reconnaissons que la présentation initiale de nos frais n’était pas suffisamment claire, et nous avons fait évoluer nos contrats et notre communication pour y remédier. C’est une critique légitime que nous avons entendue et intégrée. Nous travaillons en continu à améliorer la lisibilité de notre documentation tarifaire.

    Notre grille tarifaire 2026 : deux options, un vrai choix
    Fundora propose désormais deux structures de frais distinctes, permettant à chaque investisseur d’adapter son choix à son profil et à son horizon d’investissement.
    Frais Classiques : droits d’entrée réduits (2 % à 3 % selon le ticket) et frais de gestion annuels de 1 % à 1,5 %. Adaptée aux investisseurs souhaitant minimiser les frais initiaux.
    Frais Horizons : droits d’entrée modulés selon la durée du fonds (de 4 % à 10 %), compensés par des frais de gestion annuels très faibles (0,3 % à 0,5 %). Sur un fonds de 10 ans, cette option génère une économie allant jusqu’à 3 points de frais totaux, un avantage structurel très significatif à long terme.

    À titre d’illustration, pour un investisseur de moins de 30 000 € sur un fonds de 10 ans :
    • Option Classique : coût total 18,0 %
    • Option Horizons : coût total 15,0 % soit une économie de 3 points

    Pour un investisseur au-delà de 100 000 € sur 10 ans :
    • Option Classique : coût total 12,0 %
    • Option Horizons : coût total 10,0 % soit une économie de 2 points

    La logique est claire : plus l’horizon est long et plus le ticket est élevé, plus les Frais Horizons sont avantageux pour l’investisseur. Cette architecture tarifaire progressive est aujourd’hui l’une des plus compétitives du marché français du private equity. À notre connaissance, aucun acteur proposant un accès à des fonds de fonds de private equity de qualité institutionnelle n’affiche des frais inférieurs aux nôtres pour des tickets accessibles dès 100 €.

    Nous aurions été heureux de vous expliquer ces principes lors d’un échange préalable avec nos équipes. Cette invitation reste ouverte pour quiconque souhaite comprendre en détail le fonctionnement du private equity avant d’en écrire la critique.

    Bradley Lafond
    CEO de Fundora

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